Le Parisien, 06/02/2005
PARTI SOCIALISTE. La rébellion Mélenchon
Malgré les mises en garde de François Hollande, le sénateur socialiste de l'Essonne fait campagne contre la Constitution européenne. Quitte à se faire exclure. Hier, il a tenu une première réunion avec des communistes et des Verts.
FAROUCHE adversaire de la Constitution européenne, Jean-Luc Mélenchon continue de jouer avec le feu et de défier ouvertement la direction du Parti socialiste. Alors que François Hollande et ses lieutenants l'ont plusieurs fois rappelé à l'ordre ces derniers jours, le sénateur de l'Essonne refuse toujours de baisser pavillon. Hier, il a même franchi un pas supplémentaire en s'affichant devant quelque trois cents sympathisants réunis à l'espace Charenton à Paris. Une réunion au cours de laquelle il s'est affiché en compagnie de plusieurs personnalités de l'ex-gauche plurielle : l'adjointe au maire de Paris Clémentine Autain (apparentée PC), l'ancien porte-parole des Verts Stéphane Poclain et le député-maire radical de Bastia, Emile Zuccarelli. Bref, un début de campagne du non de gauche.
Coluche en renfort “C'est une véritable entrée en campagne pour moi, a-t-il lancé sous les applaudissements de la salle. La réponse non au référendum est en train de devenir la réponse politique du mouvement social. Avec cette Constitution par exemple, nous n'aurions pas pu faire les 35 heures et ceux qui disent l'inverse sont des menteurs.” Balayant les menaces de sanctions brandies par la rue Solférino, Mélenchon s'est même permis de contre-attaquer: “Quand on me taquine avec le règlement intérieur, je taquine avec le Code pénal. Lorsqu'on empêche un parlementaire de faire ce qu'il veut, on est passible, selon l'article 433, de dix ans de prison et de 150 000 € d'amende. Attention à la fureur disciplinaire ! Elle peut tout gâcher, tout casser.” Pour l'ancien ministre de Lionel Jospin, les socialistes ont tort de se prendre pour “le centre du monde”. Et Mélenchon de renchérir sans craindre de risquer l'exclusion: “Ils pensent que lorsqu'on a discuté entre nous, tout est dit (NDLR : le référendum militant du 1 e r décembre a été gagné par le camp du oui avec 59 % des voix). Eh bien non ! Comme l'affirme Coluche, ce n'est pas parce qu'ils sont beaucoup à dire la même chose qu'ils ont raison. Ce traité n'est ni démocratique ni social. C'est un mauvais texte européen”. Hier, en marge de la manifestation contre les 35 heures à Paris, Henri Emmanuelli, autre opposant à la Constitution européenne, a pris ses distances avec son ami : “Jean-Luc Mélenchon va trop loin.” Alors que le non de gauche se fait de plus en plus entendre - entre l'abstention mardi à l'Assemblée de 56 députés PS sur la réforme constitutionnelle et le non surprise de la CGT -, Mélenchon et ses amis semblent décidés à titiller la direction du PS. Au risque de franchir la ligne jaune.