Lundi de Pentecôte

par Julien FLEURY

Le Nouvel Observateur du 5.4.05 :

Le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, a expliqué lundi au cours d'une conférence de presse qu'"on ne pouvait pas faire grève" le lundi de Pentecôte pour protester contre cette journée travaillée, en raison de la jurisprudence de la cour de cassation.
"On a deux ou trois difficultés autour du lundi de Pentecôte", a reconnu François Chérèque, citant en premier lieu le fait qu'"on ne peut pas s'octroyer par la grève ce qu'on réclame par la grève", selon la jurisprudence de la cour de cassation.

Le Monde du 6.4.05 :

Pour le secrétaire général de la centrale cédétiste, François Chérèque, une grève serait "un cadeau aux patrons" puisque les salariés seraient doublement punis par une journée de salaire retenue et par un jour travaillé gratuitement.



Une fois de plus la CFDT est fidèle à elle-même, et peut bien être définie comme le syndicat de salariés qui réclame systématiquement l'abaissement matériel et moral de tous les salariés (selon la formule que J.-C. Milner appliquait plus particulièrement au SGEN-CFDT dans De l'école).

La gesticulation de Chérèque pour instiller la mauvaise conscience chez les employés qui oseraient réclamer qu'un travail soit payé, et s'en donner les moyens, a une part théâtrale comique, qui rejoint et dépasse la comédie (aux implications funestes pourtant) jouée en 2003 sur les retraites.

Bêtise ou méchanceté? Chérèque est sans doute intelligent, on peut bien le croire, mais c'est une circonstance aggravante. Toute sa malice ferait merveille et serait à sa place dans la bouche d'un conseiller du Medef. Les principes juridiques les plus abstraits, la cautèle la plus retorse, les arguments de rhéteurs les plus contradictoires n'ont de solide que leur finalité intangible: empêcher les salariés de se défendre, châtrer le mouvement social.

Ainsi le premier argument, donné dans le Nouvel Observateur, est fallacieux : faire grève le lundi de Pentecôte, ce n'est pas s'octroyer ce qu'on réclame, le maintien de ce jour comme officiellement férié; c'est accepter les répercussions de la grève, notamment financières, même si elles ne sont pas encore claires à cause de l'imbroglio juridique que le gouvernement a créé.

Le deuxième argument réussit le tour de force d'être à la fois contradictoire avec le premier, et contradictoire en lui-même! D'une part, en effet, il accepte l'idée, que le premier écartait, que la grève serait sanctionnée financièrement. D'autre part il décrit alors, se plaçant de façon tout à fait perverse du point de vue de l'intérêt du salarié (ironie ou cynisme?), un double inconvénient à la grève. Décidément Chérèque a bien du mal avec le principe de contradiction, établi formellement depuis la lutte d'Aristote contre des sophistes autrement plus subtils. Les deux punitions présentées sont manifestement incompatibles: si je travaille, alors je ne subis pas la retenue d'une journée de salaire; inversement, si je fais grève, je ne travaille pas gratuitement.

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Le site cfdt.fr pavoise :

"Plus de 1 500 militants CFDT de toutes les régions de France, arborant les badges « Soutenons la constitution européenne », ont assisté au meeting de soutien au traité constitutionnel, dans une ambiance survoltée, cet après-midi. John Monks (secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats) a exposé les « avancées massives pour le syndicalisme » que le traité apporte." (7.4.05)

Au même moment,

François Chérèque a cependant annoncé que la CFDT enregistrait, pour 2004, "une baisse de cotisants pour la deuxième année consécutive, autour de 5 à 6%".
(Nouvel Observateur, 5.4.05).

Courage! Les comédies les plus désastreuses ne se reproduisent pas.
Courage! La CFDT, conséquente avec elle-même, soutien fidèle du gouvernement Raffarin dans sa destruction appliquée des capacités sociales de l'Etat , est en pointe pour le soutien à la Constitution Européenne. Au-delà des envolées lyriques, les logiques apparaissent, les masques tombent.
Courage! Le peuple, les salariés, voient les choses. Les syndicats jaunes, comme les européistes bêlants, se demandent pourquoi ils n'entraînent plus aujourd'hui les foules.

Manifestons, une fois encore, notre lucidité devant les manœuvres réunies des actionnaires, du gouvernement et des sociaux-traîtres!
Manifestons notre refus de cette morale cfdtiste, morale de chameau, où l'homme s'agenouille pour porter les valeurs de celui qui l'exploite.
Manifestons notre soutien envers une réelle solidarité sociale, celle d'un Etat fort, qui en maîtrisant les flux économiques et en organisant leur juste répartition, en gardant les moyens d'une réelle politique sociale et sanitaire, n'oppose pas pour cacher son impéritie, en une insulte moraliste inique, la survie des personnes âgées et la rétribution du travail.

Manifestons, et faisons grève, le lundi 16 mai 2005!



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