D'accord, clarifions

par Marie-George Buffet,


secrétaire nationale du PCF et députée de Seine-Saint-Denis.

article publié dans l'Humanité - 25/03/05

Dans l'édition du journal le Monde datée des 20 et 21 mars, Michel Noblecourt s'interroge sur l'avenir de “ la gauche entre fractures et schisme ”. Et il m'appelle à clarifier mes choix entre : l'enfermement “ dans un isolement, électoralement suicidaire, avec l'extrême gauche ”, ou la construction “ avec le PS d'une alternative pour revenir, en 2007, au gouvernement ”. D'accord, clarifions (1).

Pour 2007, l'objectif du Parti communiste est la mise en oeuvre d'une véritable politique de gauche. Notre peuple n'en peut plus des bas salaires, du chômage massif, de la précarité galopante, du délitement social, de l'avenir bouché des jeunes. Battre la droite est une nécessité urgente. Cela implique un rassemblement populaire majoritaire, la constitution d'une majorité de gauche dont le PS doit faire partie, et la formation d'un gouvernement décidé à rompre avec les logiques libérales qui enfoncent notre pays dans la crise depuis des décennies.

Je ne peux pas être plus claire : nous voulons que la gauche se rassemble pour mettre en oeuvre une politique répondant aux attentes populaires. C'est la condition nécessaire du changement que notre peuple réclame depuis des lustres en “ sortant les sortants ” à chaque élection nationale. Mais cette condition n'est pas suffisante. En vingt-cinq ans, la gauche, unie ou non, a gouverné trois fois. Et trois fois elle a déçu et été sanctionnée. Il faut absolument sortir du cercle vicieux qui fait se succéder alternance à gauche, déception et retour au pouvoir d'une droite plus dure encore. Au risque des pires dangers, comme on l'a vu le 21 avril 2002. Il faut donc se poser cette question : gouverner, oui, mais pour faire quelle politique ? Et là, à gauche, il y a débat.

Lionel Jospin l'avait timidement amorcé en 1995 en parlant de “ droit d'inventaire ” de la période Mitterrand. L'idée qu'on pourrait faire autrement qu'entre 1983 et 1993 avait suffi à redonner espoir à notre peuple, assurant la victoire de la gauche en 1997. Mais cette promesse est demeurée sans suites. Privatisations, baisse du “ coût du travail ” - c'est-à-dire des salaires et des prestations sociales - dérégulation et recul des services publics, etc. : tous ces dogmes du libéralisme sont restés en vigueur. On a recommencé comme avant, avec le résultat que l'on sait.

Que doit être une politique de gauche à l'heure du capitalisme mondialisé ? Il faut mener ce débat. Et il est naturel qu'il soit au coeur de la campagne sur le traité constitutionnel européen. Être de gauche, c'est traduire en politique une aspiration profonde à l'égalité de tous les êtres humains, avec la conviction qu'elle ne peut se réaliser que par la solidarité, la mise en commun et le partage. Le traité constitutionnel propose exactement l'inverse : organiser en tout la compétition, généraliser un système de “ concurrence libre et non faussée ” où les plus forts doivent l'emporter.

On peut bien agiter tous les épouvantails que l'on veut - chaos, schisme, etc. - rien n'y fera. Ce débat est ouvert à gauche. Et il se mènera. Les communistes ne sont d'ailleurs pas les seuls à le vouloir. L'“ isolement ” dont parle M. Noblecourt me semble très relatif si l'on considère qu'une très importante partie du PS et des Verts, un grand nombre d'organisations progressistes et une part croissante des Françaises et des Français qui envisagent de voter le 29 mai prochain se prononcent pour le “ non ”. Que signifie ce “ non ”, sinon une volonté de rompre avec le libéralisme qui est à la fois au coeur du traité et au centre des politiques subies par notre peuple depuis vingt ans ?

Pour mener ce débat sur l'avenir, nous sommes ouverts à toute initiative. Nous avons eu récemment pour cela des discussions avec la plupart des forces de gauche. Au vu de l'évolution de la situation politique, j'espère que le PS ne tardera plus beaucoup à répondre à notre demande de rencontre. Mais l'essentiel est de débattre avec les citoyens et les citoyennes. Nous proposons pour cela une démarche inédite : des forums populaires, ouverts à toutes les forces de gauche et de progrès, destinés à élaborer ensemble un programme politique rompant avec les logiques libérales et à rassembler ainsi toute la gauche. Voilà le sens de nos efforts. On m'accordera, je suppose, qu'il n'y a là nulle tentation de repli ou d'isolement. Une chose, en tout cas, est certaine dans mon esprit : il est désormais assuré qu'une page nouvelle de l'histoire de la gauche est en train de s'ouvrir dans notre pays. La victoire du “ non ” nous permettra de l'écrire en toute liberté.

(1) Cette tribune, adressée dès le 20 mars, au journal le Monde n'a pas été publiée et est restée sans suite.

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