PARIS (AFP) - Le meeting de la gauche pour le non à la Constitution européenne, à l'appel du PCF, a rassemblé quelque 1.500 personnes jeudi soir au gymnase Japy à Paris, autour de Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF et de Jean-Luc Mélenchon, sénateur PS.
L'arrivée de M. Mélenchon, qui s'affiche pour la première fois sur une tribune pour le non de gauche en contradiction avec la ligne de son parti, a été particulièrement suivie par les nombreux médias se bousculant pour l'interroger sur sa présence à ce meeting.
L'arrivée de Marie-George Buffet a été saluée par les applaudissements de militants communistes. Outre ces deux personnalités, se trouvaient réunis notamment sur l'estrade Christian Picquet de la LCR, Jean-Yves Autexier du MRC, Claire Villiers pour Alternative Citoyenne.
"La gauche est bousculée par ce débat sur la constitution", a reconnu Mme Buffet en souhaitant que "le temps soit venu d'un nouveau souffle pour le débat populaire et citoyen dont la gauche a besoin".
Ce meeting "marque le lancement de la campagne officielle du non de gauche", a affirmé pour sa part M. Mélenchon en se félicitant que "le non rassemble la gauche, dans sa diversité" alors que "le oui ne le peut pas". Mais "ne nous trompons pas de cible", a-t-il demandé, "ne nous égarons pas dans des polémiques dévastatrices à gauche".
Cela ne l'a pas empêché de dire: "on peut se fâcher pour 70 jours (jusqu'à la date du référendum, ndlr) avec ses meilleurs amis sur un sujet qui nous engage pour 50 ans (la Constitution européenne, ndlr)", alors qu'il est passible de sanctions pour sa présence sur cette tribune en bravant les consignes de son parti.
Arrivé peu après 19h00 au gymnase où l'attendait une nuée de caméras et de micros, M. Mélenchon s'est exclamé: "Franchement, je suis chez moi, ici. La photo qui va être faite ce soir va être moins extravagante que d'autres!"
Le fondateur de Nouveau Monde, avec Henri Emmanuelli, faisait allusion à la Une de Paris Match, où François Hollande, Premier secrétaire du Parti socialiste, et Nicolas Sarkozy, président de l'UMP, posent tout sourire l'un à côté de l'autre.
"J'appartiens toujours au PS et j'ai bien compris que je n'utiliserai pas le symbole du poing et de la rose (celui des socialistes) pour cette campagne", a-t-il ajouté.
"Ce texte, qui n'est pas une constitution, constitutionnalise une seule chose, le marché", a dénoncé de son côté Francine Bavay qui a précisé qu'elle s'exprimait en son nom propre et pas en celui des Verts, son parti, qui s'est prononcé pour le oui.
La salle a explosé sous les applaudissements lorsqu'a été annoncé le résultat d'un sondage CSA à paraître vendredi dans Le Parisien et qui donne la victoire au non (51% contre 49% au oui) au référendum du 29 mai sur la Constitution européenne.
Que de chemin déjà parcouru depuis les élections européennes de juin dernier pour nous, composantes de la liste de la “gauche populaire et citoyenne”, réunies ici et représentées par Marie Georges Buffet pour le Parti Communiste bien
sûr mais aussi Claire Villiers, d'Alternative Citoyenne.
Liste au succès de laquelle les militants du Mars ont eu la satisfaction de contribuer en apportant leur dimension républicaine de gauche. Et j'ai une pensée ici pour notre député européen, Pdt du groupe du groupe de la Gauche Unie Européenne, Francis Wurtz si utile au parlement pour la gauche antilibérale dans son ensemble.
Ce scrutin nous avions déjà choisi d'en faire le prélude de la campagne du non de gauche. Nous avions commencé, ensemble, à labourer le terrain, fertiliser ce sol sur lequel nous pouvons aujourd'hui nous appuyer plus facilement pour faire la campagne du référendum.
Oui que de chemin parcouru qui nous permet, à moins de 3 mois de la date fatidique, de se retrouver à plus encore dans des initiatives de ce type, - et j'en remercie évidemment la Fédération de Paris du Parti Communiste -, ou dans celles des nombreux collectifs unitaires qui ont repris l'appel des 200, dont, avec la plupart des responsables politiques qui sont ici, nous sommes parties prenantes. Appel que la fondation Copernic, dont Evelyne Sire-Marin fait partie, a eu l'intelligence d'initier.
Oui nous sommes de plus en plus nombreux à dire, ensemble, la même chose.
En témoignent ici Christian Piquet de la LCR, Jean-Yves Autexier du MRC que nous ne sommes à vrai dire pas étonnés de retrouver sur cette estrade puisque déjà pour le NON au moment de Maastricht.
Mais aussi Francine Bavay des Verts et Jean-Luc Mélanchon, responsable socialiste que de vraies convictions de femme et homme de gauche ont poussé à continuer à dire non plutôt que de se renier malgré les menaces. Tout comme notre camarade Marc Dolez dans le Nord ou Henri Emmanuelli avec qui nous espérons partager dans l'avenir des tribunes unitaires.
Que de chemin parcouru parce qu'aujourd'hui, en additionnant tous ceux qui ont pris la décision de dire non, je pense à la majorité des centrales syndicales, à l'UNEF, à de nombreuses associations dont ATTAC, à tous ceux qui sont ici, il faut être aveugle, ou bien complice, pour ne pas voir que le non de gauche est dans les faits structurellement MAJORITAIRE.
Nous sommes majoritaires et contrairement à certains qui appellent l'UMP au secours, lui enjoignant de se mobiliser pour le oui, nous ne nous sentons pas seuls, nous n'avons nul besoin, nous, d'appeler à l'aide ceux qui dans le camp opposé donnent, pour des raisons qui ne sont pas les nôtres, une consigne de vote identique à la notre.
Reste que nous ne sommes pour le moment que potentiellement majoritaire dans l'électorat de gauche.
C'est en partie, il faut le dire même si cela ne fait parfois pas plaisir à entendre, et sans vouloir enfreindre en rien l'indépendance de la presse, que cette réalité est aujourd'hui mal traduite dans les médias. Disons le franchement le oui nous y semble avantagé et ce n'est pas la scandaleuse décision du CSA aujourd'hui qui va nous aider à nous convaincre du contraire. Quand au non il semble sélectionné. On voit certes De Villiers, dénommé le roi du non par certains, et on se dira parfois que ce n'est pas un hasard tant il peut servir de repoussoir commode. On entend également parler du non au PS mais non pas des centaines de militants qui continuent à s'investir dans des collectifs unitaires, non pas des raisons, de la bataille d'idées qui les poussent, eux et leurs responsables comme Jean-Luc ici, à braver les sanctions mais plutôt de désaccords traités à travers le prisme de futurs rivalités présidentielles ou du feuilleton des sanctions, bref de politique traité à travers le petit bout de la lorgnette.
Tout le reste? Dans des encadrés sur la “petite gauche” ou la gauche de la gauche, ou bien avec des titres sur “la crise à la CGT” quand celle-ci dit non alors que la même décision prise par la CFDT devient un “la CFDT s'engage pour l'Europe”. En face combien de reportages sur les meetings quotidiens, souvent de plusieurs centaines de personnes dans des villes moyennes
qui n'avaient pas vu pareille mobilisation militante depuis des années, sur les plus de 300 collectifs unitaires déjà existants? Mais en cette belle soirée unitaire et vu la présence nombreuse de la presse nous ferons preuve d'optimiste et de confiance: nul doute que nous allons assister à un rééquilibrage dans les jours à venir ….
Sachons également qu'il vaut mieux compter sur nous-mêmes. Il va nous revenir de faire mieux encore. Et nous allons le faire! Nous sommes de ce côté dans la bonne dynamique mais il va nous falloir, c'est notre première tâche, multiplier les initiatives de ce type, les élargir encore, de donner à voir dans l'unité, sans sectarisme, que oui, décidément, nous sommes capables de renvoyer le qualificatif de “petite gauche” à l'envoyeur.
Mais ne nous trompons pas de but. Si cette affirmation unitaire prendra peut-être un jour un autre sens, celui d'un rééquilibrage plus à gauche de toute la gauche, de l'expression à nouveau majoritaire d'une gauche porteuse d'alternative, elle n'est aujourd'hui que le moyen de donner une victoire au non soit la condition pour commencer à inverser les rapports de force en France et en Europe.
Car ce ne sont pas ceux qui, de droite, voire d'extrême droite, prônent le repli frileux, souvent xénophobe à l'intérieur des frontières, des nationalistes qui n'ont rien à voir avec la conception généreuse, progressiste et internationaliste que pour notre part nous avons de la nation, oui ce n'est pas de Le Pen, De Villiers ou Dupont d'Aignan que peut venir la nécessaire mobilisation des couches populaires mais bien d'un gauche capable d'articuler le non et la bataille contre le libéralisme!
Parce que, et les mobilisations récentes le montrent, notre peuple est encore, vaille que vaille, majoritairement antilibéral. C'est à nous qu'il revient d'aller convaincre tous qui se demandent à quoi bon encore mettre un bulletin dans les urnes que s'il est une consultation qui en vaut la peine c'est bien celle-ci. La plus lourde de sens pour le destin de notre peuple sans doute depuis au moins les élections de mai 81!
Cette tache, nous, républicains de gauche nous entendons y prendre toute notre place. Pour le Mars, la république n'est pas figée, statufiée, au delà de la gauche et de la droite et des conflits de classe qui sous-tendent toujours cette division. C'est au contraire une république inachevée, en mouvement, héritière des révolutionnaires de 89, de ceux du XIXème siècle, de la commune, du Front Populaire, de la résistance et des luttes ouvrières. C'est dire si cette république est insoluble dans le carcan libéral que veut imposer au continent la constitution Giscard et qui, à sa façon, pour notre peuple et la plupart des peuples européens constituerait un recul historique, un véritable thermidor.
Au contraire, même imparfaites, largement encore déficitaires en matière de justice, d'égalité, de citoyenneté sociale, nous estimons que nos conquêtes républicaines, celle des services publics, de la sécurité sociale, de l'école publique, de la laïcité valent le coup d'être défendues pour devenir les fondements, le point de départ d'une autre Europe.
J'entends déjà ces voix qui nous expliquent qu'à la vue des rapports de force en Europe cela est impossible, que la construction européenne implique des compromis.
Mais de quel compromis parle-t-on? Nous n'y voyons pour notre part que des soumissions qui n'ont rien amené au bien être des peuples.
Vingt ans, depuis le refus de sortie du Serpent Monétaire Européen et la première politique de rigueur du gouvernement Mauroy, que cela dure et que l'on nous explique qu'importe le contenu seul le contenant compte. Vingt qu'au nom de l'Europe, nos gouvernants nous disent impossible de changer réellement de politique, d'intervenir sur des licenciements d'entreprises qui font du bénéfice, d'empêcher la privatisation de France Telecom hier, d'EDF/GDF demain, de la SNCF après demain… A cette gauche qui n'a plus pour seul projet alternatif qu de construire l'union européenne au point d'accepter de constitutionnaliser le libéralisme, nous disons que la construction européenne doit être un moyen et non une fin en soi au nom de laquelle on détruirait les acquis sociaux et démocratiques.
Car ne nous y trompons pas, ce projet n'implique pas seulement des reculs sociaux, il est aussi une remise en question de la citoyenneté et de la souveraineté populaires. Il nous dessaisit du contrôle que nous avons le droit d'exiger sur notre destin commun puisqu'il fait de nous, de nouveau, des sujets d'un nouveau monarque absolu, déifié: le Marché qui est le seul référent vraiment clair et répétitif dans ce texte long et abscons qu'on nous vend comme une constitution.
Camarades, citoyens, ce référendum est l'occasion dans le même mouvement de refuser ce recul historique, de changer la donne en France et en Europe parce que le conflit irakien l'a montré, nous savons que lorsque notre pays défend des valeurs universelles, il peut servir d'exemple et n'est en rien isolé du moins auprès des peuples. Oui pour quiconque croit encore à la Liberté, l'Égalité, la Fraternité le 29 mai est un beau jour pour réagir et aller voter! La tâche n'a rien d'insurmontable. Rappelons nous combien les sondages avaient défavorisé le non avant Maastricht.
Bilan: celui-ci avait échoué de 150 000 voix.
Cette fois nous savons que la dynamique est pour lui et que toujours d'après les sondages moins de 10% séparent aujourd'hui le oui et le non avec un nombre énorme d'indécis.
Moins encore si l'on en croit le dernier sondage de CSA qui donne ce soir le non majoritaire. Mais de toute façon ces 10 personnes sur 100, je nous fais confiance pour les convaincre.
Oui, ensemble, soyons en convaincus, nous saurons faire triompher un non d'espoir.