Jean-Pierre Chevènement s'est trouvé une nouvelle métaphore. L'ancien
ministre de l'Intérieur de Lionel Jospin se plaît désormais à comparer
son action politique à celle d'un... rameur. “En fait, je suis le Maud
Fontenoy de la politique. Je rame depuis 1983, mais je crois que, enfin,
la côte des Marquises est en vue...”, a déclaré hier le président
d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), qui présentait à la
presse son nouveau livre, Pour l'Europe votez non ! (Editions Fayard).
Partisan d'un “non républicain de gauche”, il a une opinion précise sur
la montée du non dans les sondages : “Le dossier du oui est tout
simplement mauvais.”
Jean-Pierre Chevènement est persuadé de surfer sur la bonne vague, et il
pense déjà à l'après-29 mai. Si le non devait gagner, il serait tout à
fait disposé à dialoguer avec les partisans socialistes du non, tels que
Laurent Fabius ou Henri Emmanuelli, pour envisager l'avenir de la gauche.
“Une victoire du non serait une chance pour la gauche, car elle devra
sortir de son ornière”, estime celui qui, depuis 1983, combat le tournant
“libéral européen” des socialistes. Dans ce cas “tout redeviendrait
possible, à condition que le Parti socialiste réoriente son projet
politique”. Sur son éventuel retour au PS − qu'il a quitté en 1992, au
moment de Maastricht −, le maire de Belfort a botté en touche. Et s'est
contenté de souligner qu'en cas de victoire du non “l'espace serait
ouvert pour un dialogue franc avec le PS”. Et que “tout serait alors
possible”.
Interrogé dans les couloirs de l'Assemblée, le député PS des Landes,
Henri Emmanuelli, a préféré balayer le sujet d'un revers de main. Claude
Bartolone, proche de Laurent Fabius, a quant à lui noté qu'“il ne faut
pas griller les étapes”. “Jean-Pierre Chevènement est une vraie
intelligence à gauche et je comprends qu'il essaie de sortir de cet
isolement dans lequel il a été installé après la présidentielle. Il est
malin, le bougre ! Mais, pour l'heure, il est un peu trop tôt...”
En attendant, Jean-Pierre Chevènement, qui se dit conscient que “les
responsables du 21 avril vont crier au loup”, dit s'attendre à une
campagne difficile. “Une vague “boniste” va déferler”, a-t-il dit,
qualifiant le “bonisme” d'“idéologie des gens bons qui luttent contre les
méchants”. Surtout, a-t-il prévenu, “la manipulation va venir avec la
campagne officielle, où trois épouvantails à moineaux − Jean-Marie Le
Pen, Charles Pasqua et Philippe de Villiers − ont été sélectionnés pour
parler du non et faire peur aux électeurs de gauche, alors que Mme
Laguiller, M. Besancenot et moi-même avons été exclus” des temps
d'antenne. Le gouvernement a réparti le temps d'antenne entre les partis
représentés au Parlement par au moins cinq députés ou cinq sénateurs, ou
qui ont obtenu au moins 5% des suffrages exprimés aux européennes de
2004. Ce qui exclut le MRC et l'extrême gauche.