Présentation du livre de Jean-Pierre Chevènement

Rodolphe Geisler − 31 mars 2005


Jean-Pierre Chevènement s'est trouvé une nouvelle métaphore. L'ancien ministre de l'Intérieur de Lionel Jospin se plaît désormais à comparer son action politique à celle d'un... rameur. “En fait, je suis le Maud Fontenoy de la politique. Je rame depuis 1983, mais je crois que, enfin, la côte des Marquises est en vue...”, a déclaré hier le président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), qui présentait à la presse son nouveau livre, Pour l'Europe votez non ! (Editions Fayard). Partisan d'un “non républicain de gauche”, il a une opinion précise sur la montée du non dans les sondages : “Le dossier du oui est tout simplement mauvais.”

Jean-Pierre Chevènement est persuadé de surfer sur la bonne vague, et il pense déjà à l'après-29 mai. Si le non devait gagner, il serait tout à fait disposé à dialoguer avec les partisans socialistes du non, tels que Laurent Fabius ou Henri Emmanuelli, pour envisager l'avenir de la gauche.

“Une victoire du non serait une chance pour la gauche, car elle devra sortir de son ornière”, estime celui qui, depuis 1983, combat le tournant “libéral européen” des socialistes. Dans ce cas “tout redeviendrait possible, à condition que le Parti socialiste réoriente son projet politique”. Sur son éventuel retour au PS − qu'il a quitté en 1992, au moment de Maastricht −, le maire de Belfort a botté en touche. Et s'est contenté de souligner qu'en cas de victoire du non “l'espace serait ouvert pour un dialogue franc avec le PS”. Et que “tout serait alors possible”.

Interrogé dans les couloirs de l'Assemblée, le député PS des Landes, Henri Emmanuelli, a préféré balayer le sujet d'un revers de main. Claude Bartolone, proche de Laurent Fabius, a quant à lui noté qu'“il ne faut pas griller les étapes”. “Jean-Pierre Chevènement est une vraie intelligence à gauche et je comprends qu'il essaie de sortir de cet isolement dans lequel il a été installé après la présidentielle. Il est malin, le bougre ! Mais, pour l'heure, il est un peu trop tôt...”

En attendant, Jean-Pierre Chevènement, qui se dit conscient que “les responsables du 21 avril vont crier au loup”, dit s'attendre à une campagne difficile. “Une vague “boniste” va déferler”, a-t-il dit, qualifiant le “bonisme” d'“idéologie des gens bons qui luttent contre les méchants”. Surtout, a-t-il prévenu, “la manipulation va venir avec la campagne officielle, où trois épouvantails à moineaux − Jean-Marie Le Pen, Charles Pasqua et Philippe de Villiers − ont été sélectionnés pour parler du non et faire peur aux électeurs de gauche, alors que Mme Laguiller, M. Besancenot et moi-même avons été exclus” des temps d'antenne. Le gouvernement a réparti le temps d'antenne entre les partis représentés au Parlement par au moins cinq députés ou cinq sénateurs, ou qui ont obtenu au moins 5% des suffrages exprimés aux européennes de 2004. Ce qui exclut le MRC et l'extrême gauche.



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