Lecture politique critique
du projet de loi pour l'avenir de l'école

par Jean-Philippe HUELIN


Délégué national du MRC à la vie militante


Le 17 janvier 2005

Il faut d'abord savoir gré au projet de François Fillon d'avancer des propositions qui vont dans le bon sens. Le rappel des principes de l'Ecole républicaine n'a rien de superfétatoire ; les objectifs chiffrés témoignent d'une ambition porteuse de motivation pour notre Ecole ; le rattachement des IUFM aux Universités est un gage de sérieux donné à des instituts qui en manquent grandement enfin, et sans être exhaustif, l'accent mis sur le retour du mérite accordé aux meilleurs titulaires du brevet est une démarche courageuse face à tous les éternels défenseurs du nivellement par le bas.

Cependant, la réforme-phare de ce projet, le « socle minimal de connaissances et de compétences », nous apparaît très inquiétant. Cette idée de socle minimal mélange deux notions très différentes : l'accent à mettre sur les apprentissages fondamentaux (lire, écrire et compter) qui est du ressort de l'Ecole primaire, que nous approuvons et la « primarisation » du collège dont l'idée de socle, opposée aux programmes et aux disciplines, rapetisse l'ambition et que nous combattons. A cet égard, ce socle nous semble être une agression contre le secondaire. Nous attendons que le Ministre rassure les professeurs des disciplines exclues du socle (EPS, arts plastiques, musique, technologie, autres langues vivantes, langues anciennes…) qui toutes ont leur place au collège.

Le problème fondamental de cette loi est son absence de véritable colonne vertébrale. Quelle Ecole pour demain ? Quels moyens pour quelles ambitions ? Ces grandes questions n'ont pas de réponses. Malgré certaines ouvertures vers une école vraiment républicaine, du mérite et de l'effort, ce projet fait la part belle à une technostructure, mère du rapport Thélot, qui se donne bonne conscience en encourageant les dérives pédagogistes dont les ravages sont pourtant clairs pour tous. De plus, et en parallèle, les contraintes libérales restent sournoisement entre les lignes : comment revaloriser les sciences quand la Recherche française est mise à la diète ? Comment défendre un service public en France quant la Constitution européenne, défendue par le Gouvernement, prévoit leur destruction ? Il y a des ambiguïtés politiques, au-delà de l'Ecole, qui mettent ce projet en porte-à-faux.

Aux vraies questions des professeurs, il n'y a qu'un immense vide. Après bientôt 30 ans de « Collège unique », ne faudrait-il pas en rabattre sur les bonnes intentions pour gagner en efficacité ? Nous le pensons. Quid de l'autorité des professeurs ? Quid de la vraie sélection à l'Ecole qui est largement préférable aux illusions longtemps entretenues chez nos élèves et rapidement broyées dès leur entrée sur le marché du travail ? Quid de la reconnaissance sociale des professeurs et en particulier de leur salaire ? Comment faire croire à leur importance dans « une société de la connaissance » alors que leur pouvoir d'achat a perdu plus de 10% en 5 ans ?

Bref pour défendre l'Ecole républicaine, pour renforcer ce qui est plus qu'un service public une institution, les professeurs devraient avoir les moyens (et pas seulement plus de moyens) pour réussir leur mission. Ce projet de loi, pas plus que l'actuelle loi d'orientation, ne le permet pas.

Si ce projet peut apparaître comme un moindre mal, il n'est pas à la hauteur des enjeux. L'Ecole républicaine, exigeante et structurée est la seule qui soit dans l'intérêt des classes populaires qui n'ont pas les moyens de payer des précepteurs ou des établissements privés. Les mêmes idéologues qui ont élaboré la loi d'orientation de 1989 continuent de dicter très largement le texte et le contexte du projet de loi Fillon. C'est sa principale faiblesse et c'est pourquoi nous demandons qu'il soit remis en discussion.

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