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Communiqué de la Maison des écrivains

5 mai 2007

Dans le journal gratuit “20 minutes” du 16 avril, figure une interview de Nicolas Sarkozy. Entre autres sujets, il y parle de l’université et prend pour exemple de filière inutile, et qui ne devrait plus être prise en charge par les fonds publics, l’enseignement de la “littérature ancienne” :

« Vous vous fixez comme objectif de ne laisser aucun enfant sortir du système scolaire sans qualifications. Comment comptez-vous parvenir à cet objectif ?
Par exemple dans les universités, chacun choisira sa filière, mais l’Etat n’est pas obligé de financer les filières qui conduisent au chômage. L’Etat financera davantage de places dans les filières qui proposent des emplois, que dans des filières où on a 5000 étudiants pour 250 places.

Si je veux faire littérature ancienne, je devrais financer mes études ?
Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d’argent pour créer des filières dans l’informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l’Etat doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes. »

http://www.20minutes.fr/article/151848/20070416-France-Le-Pen-ne-m-interesse-pas-son-electorat-si.php

Ne prenons pas à la légère ces déclarations du candidat de l’UMP. Pour lui, l’Etat n’a pas à assumer le prix de la culture. Son jugement sur le « plaisir de la connaissance », opposé à l’utilité ou à la rentabilité érigées en principe politique, manifeste une ignorance et un mépris dangereux qui menacent le socle de toute société démocratique. Il avertit les artistes et les penseurs, nous écrivains, en particulier, du sort qu’il réserve à la culture, la littérature au premier chef, et à leur transmission par l’Education nationale.

Tous les chefs d’Etat, jusqu’ici : Charles De Gaule, Georges Pompidou, François Mitterrand comme Jacques Chirac ont, chacun à leur manière, exprimé leur attachement à l’héritage intellectuel et artistique qui fonde l’identité française. Ils ont écrit, se sont revendiqués de la poésie, du roman, de l’art.

Dans le contexte déjà alarmant que dénonce notre Appel “Filières littéraires, une mort annoncée ?”, la gravité de cette déclaration ne peut nous laisser d’illusions. Elle engage la communauté littéraire et éducative à se mobiliser.


La carte scolaire

4 décembre 2006

Texte élaboré par Michel Vignal, à partir de contributions de Patrick Quinqueton et d’ Eric Ferrand et d’un débat au sein de la commission éducation du M.R.C. en présence de Francis Dapse, Gérard Debeaumarché, Gisèle Dessieux, Eric Guyot, François Hervet, Marie-Pierre Logelin, Emmanuel Protin, Michel Ruchmann, Frédéric Seitz (réunion du vendredi 27 octobre 2006).

La carte scolaire

L’avant campagne présidentielle s’est emparée de la question de la carte scolaire. Nicolas SARKOZY a tout bonnement proposé sa suppression pure et simple. Ségolène ROYAL a évoqué son aménagement ou son assouplissement. Les débats qui s’organisent autour de ces prises de position mêlent souvent la pure tactique, le double langage et la mauvaise foi. Il est utile d’y voir clair, d’autant qu’à des éléments objectifs se mêlent préjugés et éléments irrationnels.

La carte scolaire date de 1963 : elle a été mise en place en même temps que la création des collèges d’enseignement secondaire (les CES). Il s’agit de la fixation d’un périmètre à l’intérieur duquel toutes les familles qui résident doivent envoyer leurs enfants dans un établissement scolaire donné. Cette sectorisation des élèves s’applique aussi aux écoles primaires et aux lycées.

Si la question est aujourd’hui posée, c’est pour au moins deux raisons, l’une liée aux pratiques personnelles et familiales des couches moyennes supérieures, l’autre résultant d’une analyse lucide de la réalité.

Pour la première, il s’agit des stratégies d’évitement de la carte scolaire. Il est clair que les couches moyennes supérieures (cadres supérieurs, professions libérales) ont engagé depuis longtemps la course au contournement de la carte scolaire. Aujourd’hui, ces stratégies d’évitement concernent aussi une partie importante des couches moyennes dans leur globalité (des cadres supérieurs aux professions intermédiaires), mais également une fraction minoritaire mais croissante des couches populaires (surtout parmi les employés et ouvriers qualifiés).Trois stratégies sont pratiquées : - l’obtention de dérogations à la carte scolaire auprès des commission spécialisées, - le choix d’établissements privés qui,eux,ne sont pas soumis à la carte scolaire,- le changement de domicile des familles en fonction de la géographie de la réputation scolaire. La prise de position contre la carte scolaire est donc pour ces familles une forme d’autojustification.

Ces stratégies ont des facteurs variés selon le cycle d’enseignement. A l’école primaire, à la recherche de la proximité, s’ajoutent le choix de l’homogénéité sociale et linguistique (d’où aussi des considérations ethniques de la part de certaines familles) ainsi que la qualité supposée des enseignants. Au collège, ces mêmes facteurs sont complétés par la prise en compte de la sécurité, des options et des pratiques habituelles d’orientation à la fin de la troisième. Au lycée, parmi les facteurs précédents joueront particulièrement les filières et options, ainsi que les résultats au baccalauréat et la présence de classes post baccalauréat (B.T.S. et classes préparatoires).

Quant à la seconde raison, il est clair que, dans sa forme actuelle, la carte scolaire a sans doute épuisé une partie de sa capacité de lutte contre les inégalités. En effet, la constitution de ghettos urbains conduit à concentrer dans certains établissements, les enfants des couches populaires, notamment issues de l’immigration, qui deviennent des établissements « déclassés ». Bien que la sectorisation soit souvent plus efficace dans les villes petites et moyennes, elle est impuissante dans les grandes agglomérations à endiguer la montée des inégalités sociales et culturelles.

Les « zones d’éducation prioritaire » mises en place en 1982 visaient à tenir compte de cette réalité en affectant des moyens supplémentaires dans les établissements qui y sont situés. Mais force est de constater que, si certains établissements ont pu ainsi se redresser, ce n’est pas le cas partout. Et, en tout état de cause, les ZEP tenaient compte des inégalités entre établissements plus qu’elles ne les combattaient malgré plusieurs tentatives de réorientation. Même si cette ambition volontariste doit être maintenue, il faut bien constater que le bilan des Z.E.P. reste mitigé.

La suppression pure et simple de la carte est une mesure d’inspiration « ultra-libérale », qui vise, au nom des limites de cette politique, à redonner bonne conscience à chacun et à laisser les parents, en fonction de leurs moyens et de leurs relations, trouver les « bons établissements » pour leurs enfants. Elle doit être combattue.

Le nécessaire aménagement de la carte scolaire doit éviter deux écueils :
- renforcer la concurrence, déjà présente, entre établissements, concurrence qui accroît l’attitude consumériste des parents,
- mettre en œuvre, sans le dire, des dispositifs de discrimination positive qui ruineraient tout autant le principe républicain d’égalité.

Le M.R.C. propose d’agir dans quatre directions principales :
- la politique de l’urbanisme et du logement en lien avec celle de l’emploi,
- la qualité et l’attractivité des établissements scolaires,
- le changement des règles du jeu de la carte scolaire,
- la refondation de l’Ecole sur des bases républicaines.

1 - Les politiques de l’urbanisme et de logement, et aussi la question de l’emploi sont déterminants.

L’Ecole ne peut pas tout, toute seule. Les graves difficultés de l’Ecole dans certains quartiers ou banlieue vont de paire avec la crise des banlieues et quartiers périphériques. Si l’on veut remédier aux difficultés liées à l’absence de mixité sociale et à la misère sociale et culturelle, il faut s’attaquer au déterminisme de quartier. La carte de la ségrégation scolaire recoupe largement celle de la ségrégation urbaine et de la division sociale de l’espace.

Il faut supprimer les ghettos urbains, restructurer de nombreux quartiers en reconstituant la mixité des formes de logement afin de mêler les habitants de différentes origines sociales et ethniques dans tous les espaces urbains. Il faut aussi y renforcer les services publics, les commerces, les équipements sociaux et culturels et les activités économiques.

Politique certes difficile qui demandera un grand volontarisme et d’importants moyens financiers. Elle ne réussira d’ailleurs que si ces quartiers restructurés sont pourvus en emplois suffisamment diversifiés et durables, suite à une nouvelle politique de croissance économique qu’engagerait notre pays.

2 - La qualité et l’attractivité des établissements scolaires doivent être rehaussées dans de nombreux quartiers par une série de mesures.

a) Tout en maintenant et renforçant l’aide aux élèves en difficulté (soutien scolaire, études dirigées ou surveillées, ZEP et réseaux d’éducation prioritaire…), il faut une politique volontariste de création d’options et de filières d’excellence (qui sont majoritairement concentrées dans les « beaux quartiers ») dans les établissements des quartiers périphériques dégradés, ainsi que dans les communes banales des grandes agglomérations comme dans des villes de plus faible importance où cohabitent encore les couches moyennes et les couches populaires.

Il s’agit d’utiliser l’outil de la carte des enseignements et des options pour ouvrir dans ces collèges et lycées des options de langues rares, des classes européennes, des classes à horaire aménagé et des classes préparatoires aux grandes écoles.

b) Il est aussi nécessaire de renforcer et de soutenir les équipes enseignantes de ces établissements en leur attribuant des bonifications indiciaires, en formant davantage et mieux les jeunes professeurs, et en envisageant un système de double affectation pour des professeurs expérimentés, volontaires, d’établissements de centre-ville qui effectueraient une partie de leur service dans ces établissements.

c) Le soutien scolaire en dehors de l’horaire obligatoire doit, alors qu’explose un marché des cours particuliers organisés par de nombreuses officines privées, être mieux pris en charge par la puissance publique (Etat et collectivités territoriales) sous forme d’aide aux devoirs, d’études surveillées ou dirigées qui doivent être gratuites ou à tarifs très modestes.

d) Le développement d’internats modernes, adaptés et fonctionnels pour les élèves de collèges et de lycées, est le moyen d’offrir des conditions d’accueil, d’hébergement et d’étude pour permettre à des élèves défavorisés ou difficiles, d’accomplir une scolarité encadrée et de qualité.

e) La prise en compte des efforts et du mérite doit permettre à des élèves des quartiers en difficulté, d’avoir aussi accès aux filières d’excellence, en particulier après le baccalauréat. Cet accès aux filières sélectives de l’enseignement supérieur s’appuiera sur l’analyse critique des démarches volontaires des établissements réputés, afin d’en tirer le meilleur,tout en évitant de mettre en place des mesures de discrémination positive. Son développement nécessite l’amélioration des possibilités d’accueil dans des internats modernes et dans des résidences universitaires.

Mais, cette politique de mobilité scolaire, ne saurait se substituer à une politique d’ouverture de voies d’excellence dans les quartiers difficiles ou banals, là où elles font défaut. Si la République veut recréer de la mixité sociale et la confiance dans l’Ecole publique, elle devra élever le niveau de qualité et d’excellence sur tout le territoire.

3 - Maintenir la carte scolaire a du sens si les règles de sa définition sont modifiées, afin de limiter les stratégies d’évitement.

a) Le secteur privé n’est que partiellement privé puisqu’avec les contrats d’association signés selon les dispositions de la loi Debré, il est très largement financé par l’Etat et constitue, de fait, un secteur parapublic qui bénéficie d’un avantage concurrentiel : la liberté de choisir ses personnels et ses élèves.

Puisque l’Etat finance les établissements privés sous contrat qui, d’après la loi Debré, doivent correspondre à «un besoin scolaire reconnu », il pourrait en contrepartie les insérer dans la sectorisation, même si cette sectorisation doit être propre à l’enseignement privé afin de tenir compte du nombre plus restreint d’établissements concernés.

Pour appliquer une telle mesure, il faudrait aller contre les intérêts de nombreuses familles des couches sociales les plus privilégiées, dont les enfants sont les plus utilisateurs de ce secteur privé.

b) La carte scolaire doit par ailleurs être recomposée sur le plan géographique.

Les frontières des secteurs scolaires doivent être redessinées, là où c’est nécessaire, soit à l’échelon communal, soit à l’échelon intercommunal selon la composition sociale de l’espace et les types d’établissements.

En découpant des secteurs géographiques plus larges et donc plus diversifiés socialement, on pourrait exiger que chaque établissement soit tenu de viser, lors de l’inscription des élèves, à respecter un éventail socio-professionnel diversifié des familles des élèves se rapprochant de la structure socio-professionnelle moyenne de ce territoire large. Ainsi, il serait plus difficile de trouver des collèges qui concentrent tous les élèves des familles en difficulté ou des populations les plus pauvres.

Ce nouveau découpage devrait se faire en tenant compte de la politique des transports publics et du ramassage scolaire. Dans les villes, en particulier moyennes, un tel découpage devrait souvent rassembler des parties du centre-ville avec des quartiers périphériques. De telles cartes ont déjà été réalisées, avec un certain succès, dans plusieurs villes. Ces découpages plus équilibrés socialement seront plus faciles à réaliser pour les collèges ou les lycées que pour les écoles primaires où la demande de proximité entre les établissements et la résidence des parents sera un frein.

4 - La question de la carte scolaire ne peut être séparée de celle de la refondation de l’école sur des bases républicaines.

Donner de la qualité, tout en assurant la démocratisation de l’Ecole, c’est d’abord recentrer sa mission sur la transmission du savoir et de la culture.Pour cela, un enseignement de qualité doit être dispensé sur tout le territoire, avec des niveaux d’exigence relevés et mieux contrôlés, des savoirs respectés avec des horaires suffisants dans les différentes disciplines, l’effort encouragé et le mérite valorisé. Des maîtres mieux formés, davantage considérés, à l’autorité respectée, seront les meilleurs agents d’une telle refondation.

Les établissements scolaires doivent être valorisés comme éléments de l’ institution majeure de la République. Outre l’attention portée à la qualité des bâtiments qui contribue à leur considération et attractivité, ils doivent être préservés des difficultés de leur environnement et de « l’ouverture » à toute les fatalités sociales, à toutes les formes d’incivilité et de violence. La question de la sécurité dans et aux abords des établissements, en particulier pour les collèges et les lycées professionnels, est, en effet, très importante. Les familles y sont très sensibles dans leur choix d’établissements. La fermeté et la discipline s’imposent comme facteurs primordiaux de la liberté d’enseigner et d’apprendre. C’est ce qu’attendent aussi bien les élèves et les professeurs que les parents.

L’action cohérente et résolue des équipes enseignantes et des chefs d’établissements, ainsi que la collaboration de l‘Ecole avec les services municipaux, les organismes sociaux et la police ou la justice, sont des conditions indispensables pour faire connaître, comprendre et partager les valeurs morales et civiques, qui prennent tout leur sens dans une application exemplaire des règles. C’est un des éléments essentiels de l’éducation à la citoyenneté.

Les quatre grandes orientations proposées précédemment constituent un ensemble ; elles sont complémentaires et leur application les renforcerait mutuellement.

La nation se doit ainsi de donner tout son sens et sa force à l’institution scolaire, dans un souci retrouvé d’égalité. Les enfants des familles les moins cultivées sont dignes d’un enseignement exigeant et de qualité. C’est pourquoi, il faut tout à la fois renforcer les moyens humains et matériels là où les élèves ont besoin de soutien, mais aussi diversifier les possibilités offertes par les établissements, afin que partout, sur le territoire de la République, existent des voies de l’excellence et de la réussite.


Ségolène Royal en off sur les profs

10 novembre 2006

à faire circuler

http://www.dailymotion.com/visited/search/profs/video/xm4ph_profs-segolene-en-off


“Il faut refonder l’école primaire” - Entretien : Laurent Lafforgue membre de l’Institut

27 septembre 2006

Valeurs actuelles. Propos recueillis par Fabrice Madouas et Anne-Lorraine Schmitt

En 2000, une association de professeurs de français a fait faire à 2000 élèves de seconde une dictée de 1988. Un quart des copies ont obtenu zéro. Même exercice en 2004, sur 2 500 élèves : la moitié des copies obtenaient un zéro. Cet exemple vient à l’appui de la pétition lancée par Laurent Lafforgue, Marc Le Bris, Jean-Pierre Demailly et Michel Delord. Membre de l’Institut, professeur à l’Institut des hautes études scientifiques, Laurent Lafforgue est lauréat de la médaille Fields, l’équivalent du prix Nobel de mathématiques. Il a démissionné du Haut Conseil de l’Éducation, en déplorant l’application de “théories pédagogiques délirantes”. Instituteur depuis trente ans, Marc Le Bris est l’auteur de “Et vos enfants ne sauront pas lire… ni compter !” (Stock). Jean-Pierre Demailly est lui aussi mathématicien, professeur à l’université de Grenoble, membre de l’Institut. Il préside le Groupe de réflexion interdisciplinaire sur les programmes, dont Michel Delord, professeur certifié de mathématiques, est vice-président. Tous appellent “le futur président de la République à une refondation de l’École, tout particulièrement de l’école primaire”, dans une pétition disponible sur Internet. Laurent Lafforgue en explique les raisons à “Valeurs Actuelles”.

Pourquoi lancez-vous cette pétition ?
Nous voulons profiter de la campagne présidentielle pour inciter les candidats à débattre de l’école, et à en débattre dans les bons termes : l’école comme lieu de l’instruction obligatoire de tous et de la transmission du savoir. Les Français sont inquiets. Après ma démission du Haut Conseil de l’Éducation, j’ai reçu plus de 1 500 courriels et lettres de professeurs, d’instituteurs, de parents, de chefs d’entreprise, de lycéens. Et de stagiaires d’IUFM, désespérés par la sottise de leur formation. Ces prétendus Instituts universitaires de formation des maîtres déforment plus qu’ils ne forment, ils empoisonnent l’Éducation nationale.

Que disent ces témoignages ?
L’école ne remplit plus sa mission : transmettre les connaissances.
C’est un constat simple, sur lequel se retrouvent des gens très divers : des militants d’extrême gauche et des conservateurs, des catholiques, comme moi, et des libres-penseurs, comme Marc Le Bris, des gens connus et de simples citoyens. Parmi les 1 200 premiers signataires, il y a des enseignants mais aussi des infirmières, des gendarmes, des artisans, tout ce que la France compte de professions ! Nous nous adressons à tous ceux que la destruction de l’école ne laisse pas indifférents. Si l’école se délite, la démocratie n’est-elle pas en danger ? Et l’économie du pays ? Beaucoup de chefs d’entreprise constatent que des jeunes ne savent ni lire, ni écrire, ni compter. Il leur manque les bases les plus élémentaires de la logique et du raisonnement, que l’école primaire aurait dû leur inculquer.

On dit souvent que le collège est le maillon faible du système éducatif. Pensez-vous que ce soit l’école primaire ?
Tous les maillons sont faibles. Mais le plus important de tous est l’école primaire. Selon Liliane Lurçat, sans doute sa meilleure spécialiste, elle doit donner aux enfants les savoirs élémentaires, mais aussi les habitudes de discipline, de travail, de sérieux, d’attention, de contrôle de soi que demandent l’étude et la vie en groupe. C’est une éducation différente de celle de la famille. Or, dit Mme Lurçat, quand ces savoirs et ces habitudes ne sont pas installés à la fin du primaire, ils ne le seront jamais. Au collège se révèlent toutes les carences, et la violence éclate. L’hétérogénéité des classes ajoute aux difficultés. On n’a plus le droit de faire des classes de niveau. Or, même si certains élèves ont des bases solides, il est difficile d’avancer quand les autres ne les ont pas.

Qu’est-ce que l’école primaire ne transmet plus ?
Elle assure mal tous les apprentissages élémentaires. On le comprend en lisant les programmes du primaire : 350 pages rédigées dans un jargon incompréhensible. Comparez-les aux excellents programmes de 1923 : ils tenaient en cinq pages ! Et ceux de 1945, très bons également, comptaient seulement dix-sept pages. Cette inflation des textes et cette dégradation de la langue sont le signe d’une dégénérescence de la pensée. Les programmes devraient être rédigés de telle sorte qu’à la fin de chaque année les élèves eux-mêmes puissent lire et comprendre ceux qui les concernent.

Ce constat vaut-il pour toutes les disciplines ?
Toutes les disciplines sont touchées, mais le plus grave est la ruine du français. Des professeurs de toutes disciplines disent « Je ne peux plus enseigner », d’abord parce que leurs élèves – y compris parmi les Français “de souche” et dans les milieux favorisés – ne maîtrisent pas la langue écrite et même orale.

Et les maths ?
À la fin du primaire, les quatre opérations sont mal sues. L’
évaluation d’entrée en sixième de 2005 a donné des résultats
consternants. À la question : “Combien vaut 60 divisé par 4 ?”, on
comptait 60 % d’échec au niveau national. Plus d’un élève sur trois
est incapable de dire quelle est la moitié de 130. Bien sûr, il y a
la calculette, mais il faut maîtriser les opérations pour devenir
familier des nombres et entrer dans les mathématiques.
Il faudrait aborder l’apprentissage de la démonstration au collège, mais elle a disparu des programmes et des manuels. On n’apprend plus aux élèves à raisonner. À mes yeux, les problèmes d’arithmétique de l’ancien certificat d’études avaient plus de valeur que les épreuves de l’actuel bac S. À l’époque, un élève devait raisonner pour trouver la solution. Il s’en approchait par étapes, qu’il devait exposer clairement : c’était une sorte de récit mathématique à dérouler. Aujourd’hui, on cherche à susciter des réponses immédiates à des stimuli : en juin dernier, l’épreuve de mathématiques du baccalauréat scientifique commençait par un “questionnaire à choix multiple” !

Comment expliquez-vous ce délitement de l’école ?
On dit souvent que l’école accueille plus d’enfants qu’avant, qu’elle doit s’adapter à ses “nouveaux publics”. Mais l’argument de la massification ne tient pas pour le primaire, puisque l’école est obligatoire pour tous depuis 1880. La plupart des réformes se font au nom de la “justice sociale”. Je veux bien que le contexte économique soit difficile, mais l’était-il moins dans les années 1930, ou même après-guerre ? On dit enfin qu’il y avait moins d’enfants d’origine étrangère. Oui, mais il n’y avait pas moins d’enfants non francophones : jusqu’en 1920, un enfant sur deux ne parlait pas français à la maison.

Restent les causes internes. Dans notre pétition, nous identifions trois axes d’action. Les niveaux d’exigence, qu’il faut relever. Les méthodes pédagogiques pour lesquelles il faut rejeter la doctrine de “l’élève qui construit lui-même ses savoirs” et permettre à nouveau des enseignements explicites, structurés et progressifs. Enfin, et surtout, les programmes qui sont à réécrire intégralement, de même que les manuels. En français, plus aucun n’aborde l’histoire littéraire de manière chronologique. En mathématiques ou en physique, on a remplacé les cours par une profusion d’activités…

Le ministre de l’Éducation nationale, Gilles de Robien, veut quand même en revenir aux fondamentaux de l’école….
J’approuve sa position sur l’apprentissage alphabétique-syllabique, sur les mathématiques et sur la grammaire, mais il faut aller plus loin. Et former les instituteurs aux méthodes qu’il préconise, notamment pour la lecture et l’écriture. Or, ce n’est pas le cas. Pour reconstruire l’école, la formation des futurs instituteurs est prioritaire.

Sur Internet : www.refondation-ecole.net

Propos recueillis par Fabrice Madouas et Anne-Lorraine Schmitt.


INTERVENTION SUR L’ ECOLE AUX FORUMS DU PCF (2 MAI) ET DU PS (20 MAI) - Michel Vignal secrétaire national à l’éducation du MRC

30 mai 2006

L’école est une question centrale, puisque école et république sont intimement liées depuis la Révolution française. Et le futur républicain de la FRANCE dépend grandement de son école publique et laïque. Je voudrais développer ces 4 idées:

1) Face à une crise généralisée, pour redresser l’école, il faut réaffirmer sa mission première.

Il y a une crise généralisée aux multiples facettes:

  • crise sociale liée à un chômage de masse, qui n’est pas dû à l’école, mais qui la sape dans sa vocation de promotion sociale,
  • crise de la démocratie, avec cette montée de la barbarie néo-libérale, qui détruit les fondements de la politique et la confiance dans les idées et savoirs,
  • crise conjointe de la nation citoyenne et de l’Europe, cette dernière étant de plus en plus perçue comme un relais de la mondialisation libérale.

Et pourtant, la résistance se manifeste: le non au référendum, le refus du CPE (outil de normalisation libérale) le montrent. L’école est traversée par ces contradictions: elle n’échappe pas à la crise et l’adaptation libérale de ses contenus et fonctionnement. En même temps, s’y manifestent des facteurs de résistance, des possibilités de redressement et de transformation.

L’école est une institution majeure d’un Etat républicain à construire, car c’est le savoir, la connaissance qu’elle dispense qui libèrent l’homme de son ignorance. Elle donne donc par la culture, à chaque élève, la possibilité de construire sa propre émancipation. Cette école doit préparer à un métier et une fonction sociale, mais aussi parce qu’elle est laïque, elle apprend à chacun à juger selon sa propre conscience, à penser librement et devenir un citoyen souverain. Finalité qui doit concerner tous les élèves, y compris les enfants des familles les moins cultivées, d’où le défi de la démocratisation qui doit élever le niveau général de formation, sans renoncer à la qualité, sans réduire les savoirs fondamentaux essentiels, et cela dans toutes les disciplines scolaires.

La démocratisation, pour un républicain de gauche, c’est l’accès du plus grand nombre à un enseignement exigeant, qui offre à chaque élève la faculté d’aller jusqu’au bout de ses possibilités, en refusant les facilités et adaptations démagogiques, là au nom de ségrégations socio-culturelles subies, ailleurs aux intérêts du marché et aussi aux formes de crétinisme télé-visuelles.

2) Pour redresser, voire refonder l’école, la gauche doit refuser les faux remèdes:

a) Faux remède : réduire les savoirs enseignés et ne plus centrer l’école sur l’élévation par le savoir.
Dans une certaine critique de gauche, mélange d’esprit libertaire et libéral, on a vilipendé le savoir comme discriminant, dénigré la culture classique, l’orthographe, la grammaire et autres… pour magnifier la spontanéité et la créativité de l’enfant. La considération du savoir a été abaissée. Aujourd’hui, la loi FILLON propose de réduire les enseignements de la scolarité obligatoire à un socle à minima des indispensables pour hiérarchiser les formés aux besoins de la globalisation libérale. Moins de connaissances et les premières victimes seront les enfants des couches populaires qui ne bénéficient pas de cours particuliers et des bons établissements.
b) Faux remède : le retour à l’apprentissage à 14 ans, voulu par Villepin, qui remet en cause la scolarité à 16 ans décidée en 1959, et qui est une manière de stigmatiser et appauvrir un peu plus les jeunes sous-prolétaires de banlieue et de les traiter comme des laissés pour compte. La loi égalité des chances vole honteusement son nom.
c) Faux remède : l’autonomie des établissements, établie par la loi de 1989 et que Sarkozy veut accroître. Elle aboutit à différencier les établissements selon leur environnement socio-culturel, développer des concurrences, favoriser les parents-consommateurs d’école et instituer, de fait, l’inégalité. D’un côté, les écoles-ghettos, de l’autre les lycées de grande réputation.
Le MRC ne veut pas que l’école soit assujettie aux féodalités locales et se prononce contre le processus actuel de décentralisation et de concurrence.
d) Faux remède : l’adaptation pédagogique à tout prix, sans exigence, pour faire du chiffre. La pédagogie est nécessaire. Mais la pédagogie n’est pas une finalité; elle doit être au service des contenus enseignés et niveaux à atteindre. A force d’adaptation sans mesure aux élèves, on a adapté les programmes, rendu les examens plus faciles, attribué des diplômes dévalorisés et de fait abaissé les capacités scolaires d’une partie des élèves. Résultats:
- 20% des élèves ne lisent pas couramment en 6ème
- 30% de ceux de 3ème ne maîtrisent pas les savoirs fondamentaux d’une indispensable culture générale.

Nous avons, en 1985, avec Jean-Pierre Chevènement, ministre, voulu augmenter le nombre de lycéens (les 80% au niveau du bac), mais fallait-il que 81% des candidats obtiennent le Bac en 2005, alors que c’était le cas de 62% en 1985 parmi ceux qui le passaient ? L’examen a été rendu plus facile pour faire du chiffre. Conséquence: 40% des étudiants du Supérieur échouent lors de leur 1ère année au Deug, car ils sont insuffisamment préparés au lycée comme à l’université.
La sélection a lieu pendant la licence et les étudiants d’origine modeste ont plus de mal à accomplir des études universitaires de qualité. La démocratisation est donc encore largement à accomplir.
Elle devrait commencer dès la maternelle et le CP.

3) Pour réussir la démocratisation, la gauche doit mettre l’accent sur la qualité et donc sur l’effort et le travail.

Moins d’Etat, de crédits budgétaires, c’est plus de renoncement, d’inégalité. On le voit aujourd’hui, avec la réduction de 30% des postes aux concours,
La qualité, l’exigence doivent être les objectifs essentiels. Pour cela:
- plus d’école, d’heures enseignées et dans toutes les matières, de soutien scolaire, d’études surveillées, d’efforts pour les ZEP, de surveillants et d’éducateurs pour assurer la sécurité et la vie scolaire, tout cela c’est plus de qualité et d’égalité,
- mieux soutenir et conforter les enseignants, pour reconnaître aux professeurs l’autorité qui découle de leur fonction, pour valoriser leur magistère, c’est leur permettre de mieux accomplir la tâche difficile d’inculquer le goût de l’effort dans une société hédoniste, le sens du travail dans un monde qui applaudit la réussite par l’argent; donner la joie de comprendre; la fierté de s’élever dans une société où règnent le zapping et les démagogies télé-visuelles,
- nous proposons de réformer les IUFM dans le sens d une formation exigeante nourrie des valeurs républicaines et de créer des financements d’Etat pour aider des jeunes de milieu modeste à faire leurs études, s’ils s’engagent ensuite à servir l’Education nationale et d’autres services publics pendant 10 ans.

4) Reconstruire des bases solides dans les différents cycles d’enseignement.

- A l’école primaire, il faut revenir sur la réforme des cycles qui a largement échouée et instituer des programmes simples, structurés, rigoureux, qui redonnent toute leur place à une solide progressivité et au contrôle des acquisitions. La maîtrise des savoirs élémentaires est, en premier, de la langue française, est la clé de toute réussite ultérieure. Ces savoirs ne doivent pas être réduits.
- Au collège, le terme de collège «unique» est devenu une illusion qui dessert majoritairement les élèves. A partir d’une culture générale commune, qui doit être assurée jusqu’à 16 ans, nous souhaitons des options renforcées à partir de la 4ème plutôt qu’une indifférenciation desservant les élèves les plus en difficulté autant que les meilleurs.
- Le lycée, lui-même diversifié, doit retrouver partout qualité et exigence autour de la préparation d’un Baccalauréat qui doit rester un examen national anonyme. Nous sommes également favorables à la multiplication des lycées polyvalents, articulant voies générale, technologique et professionnelle avec les passerelles nécessaires entre les filières.
Le service public national de l’orientation doit être renforcé en liaison avec les enseignants, afin de lui donner plus de moyens et d’efficacité dans l’accomplissement de sa tâche.

Le travail est immense. Il faut des moyens financiers, mais ce n’est pas qu’une question de moyens. Il faut d’abord résister à l’air du temps, marqué par la crise persistante de l’éducation, à l’influence dominatrice de la forme de communication télé-visuelle, si éloignée du travail scolaire et, aussi, aux critères de la mondialisation libérale. C’est la résistance qui fera se lever des potentialités de redressement et de transformation associant enseignants, parents, citoyens.
Pour le MRC, le combat est clair. Nous voulons une école publique forte, car nous aimons la République.


L’AUTORITÉ DU SAVOIR ET NON LA LOI DU PLUS FORT

22 mai 2006

PROPOSITIONS DE LA SOCIÉTÉ DES AGRÉGÉS DE L’UNIVERSITÉ
POUR SOUSTRAIRE VRAIMENT L’INSTITUTION, ET DONC L’INSTRUCTION,
AUX VIOLENCES SCOLAIRES

La nécessité absolue de mettre fin aux manifestations de violence constatées en milieu scolaire, de les empêcher de se renouveler, et par conséquent de rétablir partout les conditions de l’instruction, n’est pas une préoccupation nouvelle pour la Société des agrégés de l’Université qui, dès le 10 mai 1993, avait soumis au Ministre de l’éducation nationale des propositions concrètes, renouvelées et complétées à plusieurs reprises, mais non suivies de décisions officielles.

Indigné d’apprendre qu’un jeune professeur d’arts appliqués avait été gravement agressé et blessé dans sa classe du Lycée Louis-Blériot d’Étampes, le 16 décembre 2005, par un lycéen de dix-huit ans, le Bureau de la Société des agrégés de l’Université a décidé de manifester au professeur son soutien et d’adresser au Ministre une vive protestation contre l’inadaptation ou l’insuffisance flagrantes des mesures prises ou envisagées, au regard de ce qu’il s’agit de rétablir, c’est-à-dire le respect absolu et effectif de l’institution scolaire. Le sentiment de peur, qui étreint un nombre sans cesse croissant de ceux qui fréquentent les établissements scolaires, apporte la preuve irrécusable que, dans certains collèges et dans certains lycées, la loi du plus fort a réussi à subvertir la loi de la République. Il résulte de cette subversion que ceux qui se croyaient à bon droit des professeurs, des élèves, des membres du personnel administratif, peuvent, faute de la protection appropriée et efficace que leur doit la République, devenir, pour des prédateurs habiles à tirer parti de ce rassemblement, des victimes exposées à des agressions de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes. Mais quand la loi du couteau transforme la transmission du savoir en un simple cadre circonstanciel pour des agressions préparées ou non, il devient nécessaire de rappeler que c’est la transmission du savoir qui doit faire la loi, et que l’autorité du savoir est incompatible avec celle du couteau.

Selon la Constitution de la République française, l’organisation de l’enseignement public, gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’État. C’est pour cela qu’aux fonctionnaires chargés de ce devoir, le statut général de la fonction publique assure la protection de l’État, selon les dispositions de l’article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983. Une agression commise contre un fonctionnaire de l’enseignement ne saurait être présentée comme relevant d’un état de fait inéluctable, de nature à remettre en cause la fonction originelle des professeurs. Elle est, à l’inverse, un scandale contraire à la protection que l’État doit, sans aucune réserve possible, assurer à ceux qu’il a chargés de la transmission du savoir. La fonction des professeurs est de transmettre le savoir et la culture à leurs élèves ou à leurs étudiants. La sécurité absolue doit être garantie à cette fonction indispensable.

À l’avis du Bureau, une agression commise dans un établissement scolaire suffit par conséquent à révéler indubitablement une faute de la collectivité nationale.

Invoquer la circonstance que cette faute ne figure pas dans une liste préétablie de « fautes caractérisées » (conférence de presse de la Mission d’inspection générale, le 17 janvier 2006) prouve seulement la nécessité de réviser les critères qui définissent actuellement ces « fautes caractérisées ». Elle ne saurait en aucune façon dispenser la collectivité nationale ni le Ministère de l’éducation nationale de rechercher et de reconnaître les erreurs et les fautes sans lesquelles les actes de violence n’auraient jamais pu commencer de se produire puis de se multiplier comme ils l’ont fait dans les établissements scolaires.

Qui peut croire qu’il existera un espoir de faire disparaître ces violences, si les erreurs et les fautes qui les ont favorisées ne sont pas identifiées, si le Ministère de l’éducation nationale ne consent pas pleinement à la réflexion promise, s’il ne consent en réalité qu’à persévérer, par quelques mesures, pour certaines dès longtemps préparées, dans ses erreurs et ses fautes antérieures ?

1.- Un préalable : rétablir clairement la valeur de l’instruction

Selon des sources nombreuses, et convergentes, c’est à partir de 1993 qu’a commencé de se produire une augmentation constante, non seulement de la gravité des actes de violence commis dans les établissements scolaires (énumérés par la circulaire n° 98-194 du 2 octobre 1998, ils justifieront la publication de la loi n° 2002-1138 du 9 septembre 2002, relative aux délits d’outrages commis contre le corps enseignant), mais encore de leur nombre : environ 80.000 « incidents graves» sont chaque année signalés par le système Signa, mis en service précisément en 1993, et le nombre réel des « incidents » qui forment le quotidien de beaucoup d’établissements est au moins trois fois supérieur.

La Société des agrégés de l’Université n’est donc pas seule à le dire : c’est bien à partir de 1993, c’est-à-dire quatre ans après le début de la mise en application de la loi du 10 juillet 1989 (dite « loi JOSPIN ») qu’a commencé de se manifester cette très grave dérive. Attachée au principe selon lequel l’organisation de l’enseignement doit être fixée par la loi, la Société des agrégés de l’Université s’est maintes fois interrogée sur la conformité générale des dispositions de la « loi JOSPIN » avec les principes de la Constitution : une loi, qui fixe un droit, peut-elle définir un pourcentage d’accès à des diplômes nationaux, comme le fait l’article 3 de la « loi JOSPIN » ? La Société des agrégés de l’Université a donc regretté que le Conseil constitutionnel – lequel a annulé en 2005 plusieurs articles de la « loi FILLON » et ainsi ôté toute portée législative à son rapport annexé - n’ait eu, en 1989, à se prononcer ni sur la portée législative de la « loi JOSPIN » ni sur celle du rapport qui lui fut annexé (et qui fut publié au Journal officiel sans avoir été discuté par le Parlement). Comme la Société des agrégés de l’Université l’a maintes fois dénoncé, c’est sous l’effet direct des dispositions de cette loi (et de son rapport annexé) que s’est développée la violence en milieu scolaire, parce que les dispositions de ces textes sont constamment inspirées par un relativisme hypocrite à l’égard de la valeur du savoir, seule source légitime de l’autorité du professeur, seul motif capable de rendre possible que des élèves qui étudient puissent le faire tranquillement.

Là où le Ministère de l’éducation nationale aurait dû s’efforcer de garantir à chaque élève la possibilité d’accéder AU savoir, c’est-à-dire d’acquérir un ensemble cohérent de connaissances, autrement dit l’instruction, la « loi JOSPIN » lui propose d’acquérir UN savoir, et de rapporter la valeur des contenus d’enseignement, des connaissances et des méthodes à « son projet » personnel d’épanouissement (article 8 de la « loi JOSPIN »), comme si, précisément, le savoir n’avait pas de valeur en lui-même, et ne méritait d’être acquis qu’à proportion des avantages concrets qu’un jeune esprit peut en attendre.

Il est nécessaire de rappeler, une fois de plus, les multiples attaques lancées par cette loi contre l’autorité légitime du corps enseignant : définition, par la loi, de pourcentages d’accès « au niveau du baccalauréat » ; passage dans la classe supérieure rendu, pour cette raison, quasi automatique ; scolarité rendue, ainsi, quasi indépendante des résultats scolaires, et donc indépendante des appréciations scolaires, devenues tout aussi inutiles que les conseils relatifs aux efforts, à la quantité de travail ou au soin à y apporter ; constitution de classes totalement hétérogènes du point de vue des capacités scolaires des élèves et prêchi-prêcha de la pédagogie officielle sur la « gestion de l’hétérogénéité » des classes (fuies par tous ceux qui le peuvent, à commencer, par les propres enfants des théoriciens de la « gestion de l’hétérogénéité des classes »).

Or les professeurs ne peuvent contribuer à la réussite scolaire de leurs élèves quand la loi encourage ces derniers à contester systématiquement, au nom de leur « projet personnel », l’intérêt de la géographie, celui de la géographie des États-Unis, celui de l’étude des Montagnes rocheuses, celui des zones préservées etc… Ils ne peuvent enseigner si la loi autorise leurs élèves à ignorer leurs avis, à traiter leurs exigences, même les plus ordinaires (travailler, essayer de se concentrer etc…), comme données négligeables. Ils ne peuvent accepter d’être plus longtemps les souffre-douleur de la démagogie au service de l’irréalisme le plus farfelu.

Le développement de la violence en milieu scolaire ne sanctionne donc pas la faillite des principes traditionnels du système éducatif français, mais celle de leur abandon.

La Société des agrégés de l’Université admire qu’il reste encore au corps enseignant quelque chose de son autorité légitime, alors qu’elle a été systématiquement attaquée par des initiatives officielles, soutenant ce qui aurait dû être désavoué, et désavouant ce qui aurait dû être soutenu. Pierre BOURDIEU n’a-t-il pas été élevé au rang de « sage » et chargé (en 1988-1989) de présider une commission de réflexion sur le contenu des formations secondaires, alors qu’il avait désigné l ‘enseignement comme un acte de « violence symbolique » (sic) ? Monsieur MEIRIEU n’a-t-il pas été chargé (en 1998) de conduire la consultation intitulée « Quels savoirs enseigner dans les lycées ?» (sic) alors qu’il avait désigné publiquement la raison comme une puissance « colonisatrice » (resic), tandis que le Ministre responsable de sa désignation, Monsieur Claude ALLÈGRE, ne craignait pas, pour sa part, de désigner les membres du corps enseignant comme des « profs » (resic) et son administration comme « un mammouth » à « dégraisser » (resic) ? La grossièreté de l’expression n’aura – hélas ! - pas rebuté le « rapporteur spécial » devant l’Assemblée nationale du projet de budget pour l’année 2006, puisque Monsieur Lionnel LUCA, après avoir fait part de sa conviction qu’il « faut remettre les enseignants au travail » (sic), croit pouvoir constater que « le mammouth n’était pas si facile à dégraisser » (resic). Bref, comme la consultation récente de la presse permet - hélas ! - de s’en convaincre, le Ministère de l’éducation nationale aura, par la voix de personnes qu’il avait officiellement investies de responsabilités éminentes, trop souvent donné une forme de caution à des déclarations qui sonnent comme autant d’insultes délibérées, par exemple : « en France, on a encore tendance à considérer que la qualité d’un enseignant se mesure au nombre d’élèves qu’il fait trébucher », Monsieur MEIRIEU, in Le Monde du 14 septembre 2005. Or l’existence même du Ministère de l’éducation nationale est là pour le faire savoir : ce qui doit empêcher que la devise de la République reste un mythe, c’est l’école ; ce qui doit empêcher (et peut seul empêcher) la reproduction des inégalités sociales, c’est l’école ; affecter, comme le font certains, de croire que l’école reproduit les inégalités sociales est faire affront, délibérément, aux garanties que donne un système national d’enseignement en matière d’égalité d’accès au savoir ; c’est dissimuler, volontairement, que les inégalités, croissantes depuis 1993, résultent non pas de l’organisation de ce système national d’enseignement, mais de sa remise en cause par l’idéologie du « projet » personnel de l’élève. L’acquisition de l’instruction aide à trouver sa place dans la société. Il est indispensable que la collectivité nationale fournisse toutes les aides, notamment financières, nécessaires afin que chacun puisse accéder à l’instruction. Mais il ne faut pas dissimuler que l’acquisition de l’instruction demande aussi beaucoup d’efforts et de travail. Les élèves les plus désireux de s’instruire, trompés par la facilité des études au collège, ne parviennent pas, ultérieurement, à s’adapter aux exigences des études supérieures, à moins d’appartenir à une famille avertie qui aura décidé, précocement, de les entraîner à l’effort. Certes adoptée sans mauvaises intentions, la métaphore de l’ « ascenseur social » se révèle extrêmement nuisible, par l’espoir de facilité qu’elle fait naître. C’est gravement tromper les élèves que de leur laisser croire à l’existence d’un « ascenseur social » qui devrait, et cela par la seule vertu motrice du « projet » personnel , propulser chacun à l’étage de son choix, sans qu’il lui en coûte le moindre effort, sauf celui – en cas de panne prévisible - d’une réclamation de la part des élèves et des parents, que cette seule comparaison fonde à se comporter en usagers, puis en créanciers grincheux.

Chasser la violence des établissements scolaires, et d’abord celle des élèves entre eux, requiert de commencer par rétablir clairement les valeurs fondatrices de l’école, la primauté du savoir, la valeur d’une véritable instruction, la vertu de l’effort, la joie de la découverte et la beauté de l’étude rigoureuse.

Seule la confiance en la valeur absolue de l’instruction peut fonder de manière incontestable l’autorité du corps enseignant. Dans les professeurs s’incarne une institution fondamentale de la République. Là est la source de leur autorité, et non dans leurs dispositions psychologiques personnelles.

Cette conviction guide la Société des agrégés de l’Université dans son appréciation des mesures officielles, qu’elles soient décidées, envisagées ou implicitement exclues.

2.- N’esquiver aucune question

A) Rétablir le maniement clair, correct et général de la langue française

Voyant dans le maniement clair et correct de la langue française une condition essentielle de la substitution du dialogue à la violence, la Société des agrégés de l’Université approuve la décision prise par le Ministre, Monsieur Gilles de ROBIEN, de prescrire la remise en cause des méthodes dites « globales » ou « semi-globales » qui se sont révélées nuisibles à l’apprentissage de la lecture, et de remettre à l’honneur la méthode alphabétique. Elle demande en outre que les épreuves du concours de recrutement des professeurs des écoles soient réformées afin que les candidats à l’enseignement élémentaire soient sélectionnés non pas selon leur capacité de seulement « traiter un thème ayant trait à la grammaire », mais selon leur capacité de parfaitement connaître et savoir mettre en oeuvre sans erreur les règles de la grammaire et celles de l’orthographe françaises. Cette capacité doit être vérifiée également chez les candidats aux concours de l’enseignement secondaire, quelques disciplines qu’ils enseignent. Le régime des épreuves doit en tenir compte.

Le fait que le maniement clair et correct de la langue française fasse partie intégrante d’une formation simple mais très précoce à la civilité ne devrait plus être dissimulé et devrait au contraire figurer plus nettement dans les instructions de l’école élémentaire, école maternelle comprise. Il faut que les professeurs des écoles soient par exemple clairement autorisés à corriger l’emploi du langage bas, emprunté innocemment à la rue par les très jeunes élèves, et dont l’usage ne cessera ensuite d’entretenir la violence, alors que l’appropriation d’un langage structuré et nuancé est pour l’enfant la seule occasion de sortir de soi et de devenir homme. Il ne serait sans doute pas inutile non plus de remettre à l’honneur, à l’école élémentaire, la copie régulière de ces préceptes simples, depuis dénoncés comme faits de « violence symbolique », mais qui formèrent naguère (ou jadis) en chacun les rudiments de sa civilité: pourquoi un élève du cours préparatoire, au début du troisième millénaire, ne pourrait-il comprendre, par exemple, ce précepte : « je suis plus grand que je n’étais hier, donc il faut que je sois plus sage » ; ou bien « je serai toujours exact à l’école » ? Dans l’enseignement secondaire, l’emploi d’un langage relâché doit faire l’objet d’un rappel à l’ordre systématique, quand bien même certaines outrances verbales pourraient laisser croire cette entreprise irréaliste. Les professeurs, témoins les plus fréquents de ces excès, doivent être assurés du soutien de toute l’institution : personnel d’éducation, chef d’établissement, et tous représentants de cette institution. De manière générale, il faut savoir ôter aux trublions le plaisir de diviser pour régner.

B) Renoncer à la note dite « de vie scolaire » au Brevet

La Société des agrégés de l’Université renouvelle sa ferme opposition à la prise en compte, pour l’attribution du Brevet, d’une note de vie scolaire. L’attribution du diplôme national du Brevet doit sanctionner la valeur scolaire de l’élève et conserver le caractère d’une évaluation autonome par rapport à l’appréciation de son comportement : une note de camaraderie ne saurait compenser des lacunes dans l’acquisition du savoir. L’instauration d’une note dite « de vie scolaire » au Brevet ne peut avoir d’autre effet que de ruiner le caractère impératif de la ponctualité, de l’assiduité, du respect des règles de la politesse, de l’observation de la discipline prescrite par le règlement intérieur de l’établissement, alors qu’il est nécessaire au contraire que soit obtenu de chaque élève qu’il respecte, complètement et scrupuleusement, les exigences du fonctionnement d’un établissement scolaire : le règlement intérieur n’est pas un texte que l’on peut respecter plus ou moins, mais une règle dont le respect s’impose à tous. De plus cet article 32 de la « loi FILLON » se révélera vite inapplicable, à moins d’engendrer, par l’arbitraire qu’il entraînera inévitablement, les conflits auxquels il espérait mettre fin.

La Société des agrégés de l’Université demande en revanche qu’en cours d’année il soit fait état, dans les bulletins scolaires, de la qualité du comportement de l’élève et de son respect à l’égard du règlement intérieur.

C) Refuser la dénaturation du métier de professeur

Le Ministère de l’éducation nationale a d’abord le devoir de prévenir et de faire disparaître les situations de violence. Il serait odieux qu’il demande aux IUFM de préparer les professeurs débutants à affronter ces situations, comme si elles faisaient normalement partie de l’exercice quotidien du métier. Il serait certes plus loyal d’avouer aux professeurs débutants que ces situations constituent autant de graves anomalies, de ne pas leur dissimuler celles des décisions officielles qui ont fini par substituer, à des ambiances scolaires normales, des « climats » scolaires pleins de violence. À l’avis de la Société des agrégés de l’Université, dispenser aux lauréats des concours de l’enseignement une formation pratique ne saurait en aucun cas consister à tenter de les habituer à l’idée qu’il leur appartient de compenser les conséquences désastreuses des erreurs et des fautes commises par les pouvoirs publics.

La Société des agrégés de l’Université dénonce à cet égard la confusion, entretenue principalement par les écrits de la CDIUFM (Conférence des directeurs d’instituts universitaires de formation des maîtres), entre une préparation aux conditions « réelles » de l’enseignement et une préparation à des conditions « difficiles », implicitement présentées comme normales, et ne peut ignorer que ces confusions tentent essentiellement de justifier l’existence des IUFM. Elle dénonce le caractère scandaleusement tendancieux, exclusif (et de plus médiocre) des bibliographies prescrites aux professeurs stagiaires par les représentants des sciences de l’éducation dans les IUFM. Elle voit dans ces bibliographies le véhicule d’une pensée unique et celui de l’aberration fondamentale par laquelle les IUFM ont tout fait pour ruiner l’autorité légitime du corps enseignant, en développant constamment cette idée que l’autorité d’un professeur est largement indépendante de sa compétence dans sa discipline, et cette idée aussi que sa compétence proprement « professionnelle » ne procéderait pas de la maîtrise des connaissances qu’il doit transmettre. Elle demande au Ministère de l’éducation nationale de prêter attention au témoignage des professeurs stagiaires sur cette entreprise de déstabilisation de la fonction enseignante. Découvrir tel ou tel « climat d’établissement » ne devrait en aucun cas conduire à tenter de persuader les professeurs stagiaires que tout est relatif et qu’ils doivent s’adapter à tout, cependant que les propagandistes de l’adaptation à la difficulté y soustraient souvent leurs propres enfants.

D) Amender enfin, de la manière la plus rigoureuse, la circulaire n° 2000-105 du 11 juillet 2000 sur l’organisation des procédures disciplinaires dans les collèges, les lycées et les établissements régionaux d’enseignement adapté.

La Société des agrégés de l’Université approuve l’idée directrice de cette circulaire, à savoir que les procédures disciplinaires appliquées en milieu scolaire doivent être conformes à des règles nationales, et celles-ci conformes aux principes généraux du droit.

Mais elle constate avec indignation que la rédaction de la circulaire, bien loin de se conformer à cette orientation générale, aura favorisé l’expression de comportements violents à l’égard du corps enseignant. Car il semble bien que, dans de nombreux cas, des élèves se rendent compte de l’appui que donne à leur indiscipline, voire à leur violence, la rédaction confuse et insinuante de ce texte. Bien loin d’apporter aux professeurs une représentation univoque des moyens légaux de la discipline scolaire, les formulations de ce texte tendent à présenter les établissements comme des zones de non-droit où régnerait, à l’initiative du corps enseignant, un arbitraire abject. La refonte de ce texte est indispensable. Il faut par exemple en supprimer cette disposition selon laquelle, hormis l’exclusion définitive, « toute sanction est effacée automatiquement du dossier administratif de l’élève au bout d’un an » : il est intolérable que, de la sorte, des professeurs reçoivent sans aucune information dans le nouvel établissement des élèves qui se sont déjà rendus coupables, ailleurs, de comportements violents.

Il faut mettre fin à la situation actuelle, dans laquelle les principaux et proviseurs n’ont d’autre choix que de conserver dans l’établissement un élève insociable ou de le faire inscrire dans un autre établissement, ce qui inspire à cet élève un sentiment d’impunité voire d’immunité, mais qui suscite aussi un sentiment d’impuissance et de malheur chez ses condisciples et ses professeurs. Il faut donc créer des structures éducatives renforcées, mais dans lesquelles on doit s’abstenir d’inscrire indifféremment des élèves délinquants et des élèves en grande difficulté scolaire, sur lesquels les premiers exerceront une influence désastreuse.

E) Définir des règles nationales pour l’architecture des locaux scolaires

La Société des agrégés de l’Université demande que soient définies des règles nationales pour la construction des locaux scolaires et que soit créée une commission nationale de surveillance de l’exécution des travaux (afin d’empêcher certaines aberrations architecturales ou certains défauts d’exécution). La sécurité des élèves, celle des professeurs, celle du personnel, ne peuvent être garanties, par exemple, que si les établissements sont enclos. En la matière, comme, en général, en matière d’architecture scolaire, ce sont bien des règles nationales qui doivent s’appliquer : il est par exemple inacceptable que la hauteur de la clôture d’un collège ne puisse dépasser un mètre parce que le plan d’occupation des sols (POS) puis le plan local d’urbanisme (PLU) l’auront interdit.

F) Assurer la sécurité des élèves sur le trajet allant de leur domicile à leur établissement

La Société des agrégés de l’Université n’est pas favorable à l’idée d’attribuer un « policier référent » à certains collèges ou lycées, car cette mesure, prise par définition pour une liste limitative d’établissements, aurait pour effet inévitable de stigmatiser durablement tous les élèves qui les auraient fréquentés, alors qu’il appartient au contraire au Ministère de l’éducation nationale de remédier aux causes du développement de la violence dans ces écoles, ces collèges, ces lycées précis. Il va de soi en revanche que la mise en oeuvre d’une procédure d’enquête administrative, éventuellement de sanction administrative, à propos d’un acte de violence ne sauraient faire obstacle, aussi bien de la part du représentant de l’État dans l’établissement que de la part du professeur concerné, au dépôt d’une plainte au commissariat de police, accompagnée de la consignation des faits dans la main courante. Seuls les fonctionnaires de police peuvent d’autre part assurer la protection efficace des élèves, lorsque ces derniers circulent entre leur domicile et leur établissement, contre les trafics de drogue, le racket, les tentatives de séduction exercées par des adultes. Il serait nécessaire de dispenser de façon systématique, même aux élèves les plus jeunes, c’est-à-dire à ceux qui fréquentent l’école maternelle, des explications très simples qui leur permettraient principalement de reconnaître une tentative de racket, de savoir à qui ils doivent demander de l’aide en pareil cas. Il faudrait aussi faire comprendre aux élèves plus âgés, qui effectuent seuls le trajet allant de l’école à leur domicile, qu’en aucun cas ils ne doivent consentir à se laisser accompagner par une personne qui ne se serait pas fait connaître de la direction de l’établissement en présentant la preuve d’une autorisation parentale.

G) Mettre réellement en oeuvre la protection statutaire des fonctionnaires de l’État

Dès 1993, et à de multiples reprises, la Société des agrégés de l’Université a réclamé que, soit sous la forme d’une circulaire publiée au BO, soit sous la forme d’un livret individuel d’information, les professeurs disposent d’un guide juridique relatif aux conduites à tenir en présence d’un comportement inquiétant ou violent. Il est heureux que le Ministère s’avise enfin de l’utilité de cette demande. L’expérience acquise en effet par notre association à l’occasion de la permanence (téléphonique et épistolaire) qu’elle assure chaque jour à l’intention de ses sociétaires lui permet d’affirmer qu’informés de certaines règles générales du droit administratif et pénal, les professeurs offrent une résistance plus efficace aux agressions exercées contre leurs élèves ou contre eux-mêmes. La Société des agrégés de l’Université s’est indignée d’apprendre (par la presse) qu’à l’occasion de la conférence de presse tenue le 17 janvier 2006, la Mission d’inspection générale, chargée de l’enquête administrative sur l’agression perpétrée le 16 décembre, avait cru pouvoir souligner que le professeur n’aurait pas alerté les personnes qui convenaient dans les formes qui auraient convenu. À l’avis de l’association, le Ministère de l’éducation nationale est d’autant moins fondé à ce genre de reproche qu’il s’est toujours refusé à la diffusion auprès du corps enseignant de l’information sobre, sérieuse, objective, qui serait nécessaire. Le Guide juridique de l’enseignant (CRDP de Poitou-Charentes, 2003) ne saurait en tenir lieu, et cela non seulement parce qu’il est inadmissible que le Ministère de l ‘éducation nationale laisse l’un de ses services faire commerce (en l’occurrence, pour le prix de 25 €) de l’information qu’il a le devoir de fournir gratuitement, mais encore en raison du contenu même de ce prétendu Guide juridique de l’enseignant : bibliographie délibérément orientée, illustrations dégradantes qui en disent long sur le crédit que les auteurs accordent à l’intellect du corps enseignant, aveux doctrinaux sans surprise : « Ainsi le professeur n’est plus l’unique diffuseur de savoirs, mais il doit prendre en compte les différents partenaires : usagers (élèves), collègues et parents. Comme le dit Bernard Charlot, l’enseignant doit donner envie d’apprendre et non enseigner » (p. 55). Ce qui se veut un Guide juridique de l’enseignant ne serait-il pas plutôt un guide idéologique, et, finalement, une agression à lui tout seul ?

Le livret d’information que réclame la Société des agrégés de l’Université doit énoncer les termes de l’article 11 de la loi n° 83-634 portant statut général de la fonction publique, ainsi que les principaux textes juridiques (loi relative au délit d’outrage, notamment). Il doit énumérer et définir les abus contre lesquels les professeurs (et les fonctionnaires en général) doivent être protégés dans l’exercice de leurs fonctions : menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations, outrages. Il doit mettre en évidence le devoir de l’État d’agir au nom du professeur, pour défendre celui-ci, et lui assurer la réparation des préjudices subis. Il doit renseigner le professeur sur les démarches qu’il peut ou doit lui-même accomplir, désigner l’autorité qui doit être saisie en chaque cas, éclairer les conséquences de décisions telles que la constitution de partie civile. Dans l’éventualité de semblables démarches, un cours de droit administratif, ainsi qu’un cours de correspondance administrative doivent être dispensés aux professeurs stagiaires.

Conclusion

La Société des agrégés de l’Université s’inscrit en faux contre le mythe actuellement entretenu par certains d’une défiance, voire d’une hostilité réciproque entre parents et professeurs, professeurs et élèves. Elle n’a cessé de proposer des mesures simples et, croit-elle, de bon sens, propres à rétablir la sérénité dont tous les élèves ont besoin pour étudier. Il faudrait par exemple remettre en cause certains usages, tels le recours systématique, avant la sanction, à des avertissements répétés (et faire savoir clairement, à l’occasion du premier avertissement, qu’il n’y en aura pas d’autre) ou l’habitude de consigner les élèves en se bornant à les envoyer, entre deux cours, dans la salle d’étude, où ils ne feront que perturber leurs condisciples. Les consignes doivent avoir lieu le mercredi et le samedi après-midi. Il faut pour cela des moyens, comme il en faut pour empêcher que les lycées soient investis par de jeunes adultes venus narguer de trop rares surveillants et terroriser les élèves. La lutte contre la violence scolaire demande incontestablement des moyens, mais elle demande d’abord une volonté.

Pour le Bureau
Le 12 avril 2006

Geneviève ZEHRINGER


Pedago delenda est

12 mai 2006

Sur le blog de Brighelli :
http://bonnetdane.midiblogs.com/

12 mai 2006

Reddition en rase campagne

Chers tous, l’Inspection générale vient de me téléphoner — longuement. “Tout cela n’était qu’un malentendu, apaisons les esprits.” Le président du jury a suivi, par mail : réintégration immédiate.
Ceux qui voulaient ma peau et avaient pétitionné pour mon éviction doivent manger leur chapeau.
C’était une manière de me tester, et surtout de tester mes amis, la presse, et sans doute le ministre, dont les services ont réagi avec une célérité inattendue, en disant le droit — sans commentaires.
Mille mercis à toutes celles et tous ceux qui m’ont soutenu, sur ce blog et ailleurs. Et nous le savons désormais, si nous l’avions oublié : en cas d’attaque, seule une riposte massive peut décourager l’agresseur. Hasta la victoria siempre !
JPB

10 mai

Règlements de comptes
Je viens, aujourd’hui 10 mai, de me faire débarquer du CAPES de Lettres Modernes - pour délit d’opinion.
Le président du jury, Alain Pagès, flanqué du vice-président, l’Inspecteur Général Jean Jordy, m’a interrompu au milieu du classement des copies que nous venions de ramener à Tours, centre de concours. Il y avait apparemment urgence… Il m’a expliqué que depuis septembre dernier, juste après la parution de la Fabrique du crétin, plusieurs membres du jury, particulièrement ceux de l’épreuve de didactique (dite pudiquement ”épreuve sur dossier”) avaient exprimé leur difficulté à siéger désormais dans un concours qui m’hébergeait. Une pétition a commencé à circuler entre ces honorables enseignants, pour la plupart IPR ou chargés de cours en IUFM. Le mouvement s’est accentué après la parution de A bonne école, où j’ai le malheur d’interroger le bien-fondé de la part de plus en plus grande de la didactique dans les concours de recrutement - cette avancée sournoise de la pensée unique pédagogiste. Désormais, m’a-t-on expliqué, je ne pouvais plus être présent à l’oral - ni à l’écrit, alors même qu’après enquête (!), je donnais toute satisfaction à ce niveau, cette année comme l’année dernière.
Mon cas personnel est peu de chose. Mais il faut être attentif à un point : je suis viré pour délit d’opinion - et c’est tout. Cette fois, c’est moi. La prochaine fois, tel autre membre qui aura eu la naïveté de mettre en avant les savoirs fondamentaux dans la matière que l’on est censé enseigner, et non l’art délicat de l’enseigner conformément à la Vulgate des IUFM, fera les frais de la hargne de ses colistiers. Quand les universitaires ou les profs de prépas seront priés de rester eux-aussi au vestiaire, le ménage sera fait. Et les néo-certifiés seront calibrés au plus juste des ambitions de la sacro-sainte pédagogie…
Bonne chance à tous les résistants du moment. Je ne perds pas courage. Ce n’est qu’un début…
 
JPB


COLLOQUE « LA FINALITÉ DE L’ÉCOLE »

3 mai 2006

COMMUNIQUÉ
COLLOQUE « LA FINALITÉ DE L’ÉCOLE »

17 mai 2006 – 9 h à 18 h – Accueil à 8 h 30
Institut de France - 10 rue Alfred de Vigny – 75008 Paris

Sous la présidence de
MM. Jean FOYER et Laurent LAFFORGUE,
membres de l’Institut

La première mission de l’école est-elle d’instruire ou d’éduquer ? « La nation fixe comme mission première à l’école de faire partager aux élèves les valeurs de la République ». (article 2) du projet de la loi Fillon 2004. Les enfants vont-ils à l’école pour être éduqués ? Est-ce cela que les parents attendent en premier lieu ? Qui est alors chargé de les instruire ? Comment et pourquoi tous les échecs scolaires trouvent-ils leur origine à l’école primaire ? Quelles sont les conséquences tout au long du cursus, jusqu’aux niveaux les plus élevés de l’enseignement supérieur ?

PROGRAMME

  • Ouverture du colloque
    Jean FOYER, ancien ministre, Membre Honoraire du Parlement, membre de l’Institut
  • La déstructuration des enseignements
    Laurent LAFFORGUE , médaille Fields de mathématiques, membre de l’Académie des sciences, Institut des hautes études scientifiques
  • La destruction de l’enseignement élémentaire et la massification des jeunes
    Liliane LURÇAT, enseignante, directeur de recherche honoraire au CNRS, docteur en psychologie et docteur ès lettres
  • L’école primaire : les origines de l’échec scolaire
    Marc Le BRIS , instituteur et directeur d’école primaire
  • L’idée de savoir fondamental
    Isabel WEISS , agrégée et docteur en philosophie

Pause – Déjeuner libre

  • Les jeunes, l’emploi et la technologie
    Pierre PERRIER , Académie des sciences, secrétaire perpétuel de l’Académie des technologies
  • L’enseignement de la musique mis à mal
    Pierre FARAGO , professeur au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (CNSMDP)
  • Manuels d’Anglais et méthodes d’enseignement
    Yvonne CLOAREC, professeur d’Anglais en lycée
  • Pour étudier vraiment la littérature à l’Université.
    Liliane PICCIOLA , Enseignant-chercheur en littérature française. Professeur des Universités
  • Maîtrise de la langue et rigueur de la pensée,
    Catherine KRAFFT, enseignant-chercheur en physique, Professeur des Universités
  • L’enseignement des sciences : la dénaturation des programmes
    Jean-Pierre FERRIER, professeur à l’université de Nancy 1, membre du GRIP
  • Pour un enseignement revenu à sa vocation
    Bertrand VERGELY, professeur de philosophie en khâgne et à l’IEP Paris

Le nouveau livre de Jean Paul Brighelli sur l’école est paru

20 avril 2006

couverture du livre de Brighelli

dos du livre de Brighelli

Voici un extrait de la préface de Laurent Lafforgue et un autre du livre lui même.

préface

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01:02:03 04/05/06

20 avril 2006

Si ça intéresse quelqu’un sachez que le 4 mai prochain à deux minutes et trois secondes de la première heure du matin, le cadran numérique montrera les chiffres suivants:

               01:02:03 04/05/06

Ça ne se reproduira plus jamais